Hagiographie italiote

Ce projet a pour but d’explorer les rapports multiples qui s’instaurent entre l’hagiographie byzantine, le roman grec et, plus généralement, le récit fictionnel de l’Antiquité tardive, à partir de l’étude d’un corpus hagiographique assez précis : l’hagiographie italiote, datable de la fin du VIIe jusqu’à la première moitié du IXe siècle. Cette production forme un paysage assez complexe, qui résulte souvent de la rencontre entre les populations italiennes et les vagues de réfugiés syro-palestiniens, arrivés en masse en Sicile et à Rome tout au long de cette période. Etant presque exclusivement une hagiographie d’évêques, elle vise, outre à la promotion d’un culte et à la création d’une histoire épiscopale qui remonte aux temps apostoliques, à créer aussi ou à gérer une « mythologie » locale à travers l’usage élargi et « décomplexé » des mythes anciens et des récits patriographiques et étiologiques, adaptés aux besoins d’une mise en scène pieuse. Constitué de pièces littéraires portant les marques d’une traduction maladroite de contes syriens en grec, ou encore de productions recherchées d’auteurs connaissant la culture ancienne et sachant bien « novelliser » leurs récits en se tournant vers le roman ancien ou vers ses réélaborations christianisées, comme les Pseudoclementia ou les Passions romanesques de l’Antiquité tardive, afin de délecter leur auditoire, ce corpus de textes peut s’ouvrir à un terrain d’investigation très prometteur pour tous ceux qui souhaiteraient explorer les modalités narratives qui transforment une histoire pieuse en un récit « beau » et « captivant », mais aussi pour ceux qui cherchent à comprendre les différents cheminements intellectuels qui ont mené à la première « renaissance » des lettres byzantines, renaissance animée par les savants émigrés à Constantinople depuis la Sicile et dont l’exemple le plus significatif est le patriarche Méthode.

Charis Messis